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 Le Colonel des pelouses

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MessageSujet: Le Colonel des pelouses   Sam 26 Avr 2008 - 10:19

Patron du football national durant les années 70, Mehdi Belmejdoub fut l’artisan de l’unique titre continental de l’équipe du Maroc. Retour sur le parcours d’un militaire amoureux du ballon rond.


Lundi 7 avril, cimetière Achouhada à Rabat. Malgré une pluie torrentielle, une foule immense suit le convoi funéraire de Mehdi Belmejdoub, décédé dans la nuit de samedi à dimanche dans une clinique de la capitale. En guise d'ultime hommage, le célèbre colonel, véritable patron du football national dans les années 70, est mis en
terre par des membres de l’équipe junior des FAR, sous le regard attristé d’une brochette de noms du football vert et rouge (Faras, El Hazzaz, Zahraoui, Dolmy, Blinda, etc.), mais aussi de nombreux curieux. Déçus, tous relèvent un fait étrange : l’absence `d’officiels, à commencer par l’actuel président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), le général Housni Benslimane. Ce dernier, rapporte un proche de la famille Belmejdoub, aurait cependant pris en charge les frais liés aux funérailles. “La manière avec laquelle se sont déroulés ces obsèques en dit long sur le parcours du défunt, fait remarquer le journaliste Najib Salmi. C’était un homme adulé par les sportifs qui l’ont côtoyé, mais qui avait de nombreux détracteurs au sein de la hiérarchie militaire et parmi les politiques”. Flash-back.

De Saint-Cyr au foot
Né en 1935 à Petit-Jean (ancien nom donné à Sidi Kacem), le jeune Mehdi Belmejdoub a déjà une idée fixe : jouer au football et devenir professeur d’éducation physique. Pourtant, ce brillant rejeton de la bourgeoisie fassie, qui s’illustre déjà au sein d'une équipe locale, est contraint par son père à suivre une autre voie : l’armée. En 1956, il est ainsi sélectionné parmi ses pairs pour rejoindre la prestigieuse académie militaire de Saint-Cyr, où il a pour camarades de promotion les Housni Benslimane, Abdelhak Kadiri et autre Houcine Zemmouri. Sur place, Mehdi Belmejdoub se montre des plus assidus, et pas qu’en classe. Entre deux cours, il parvient à faire des merveilles sur le terrain de football de l’école… à tel point qu'il se voit proposer un contrat professionnel avec l’équipe de Rennes. Proposition qu'il décline, préférant rentrer au Maroc, après un détour par l’école d’artillerie de Châlons-sur-Marne, et devient ainsi l’un des premiers officiers des FAR. Il est d’abord affecté à Marrakech, avant d’être rapatrié à Rabat pour intégrer la Garde royale, à la demande expresse de Hassan II qui, dit-on, l’appréciait beaucoup à l’époque. “Il l’emmenait souvent en voyage avec lui, car il le trouvait plus cultivé que les autres. Surtout, Belmejdoub avait l'élégance de ne jamais lui demander de faveurs”, raconte l'un de ses compagnons d’armes. En parallèle, le jeune officier est venu renforcer les rangs de l’équipe des FAR, si chère au souverain, dont les buts sont alors gardés par un certain Housni Benslimane. À en croire les dires de nombreux témoins, les deux hommes ne se sont jamais appréciés. Avec les militaires, Belmejdoub remporte une Coupe du trône (1958) et contribue à l’accession du club en première division. Mais la capitale s’avère n’être qu’une escale. En 1960, il est appelé sous les couleurs de l’ONU au Congo, en pleine crise katangaise. “Et même là-bas, raconte ce militaire à la retraite, malgré la guerre et la canicule, il trouvait le temps de taquiner le ballon”.

À vos ordres, mon colonel !
De retour du Congo, Mehdi Belmejdoub est certain d’une chose : il veut faire carrière dans le sport. “Non seulement il était un grand passionné de football, mais le peu de choses qu’il avait vu au sein de l’institution militaire l’avait dégoûté, explique ce proche de la famille. Il voulait logiquement s’en éloigner”. Quoi de plus normal pour un homme réputé pour sa probité et qui a toujours refusé de profiter des largesses du Pouvoir. D'ailleurs, à sa mort, il ne lèguera à ses héritiers qu'une modeste maison rachetée à l’armée. Mehdi Belmejdoub était également connu pour être quelqu’un de très fier. “Trop fier, précise même Fawzia Hassaïne, sa première épouse. Il ne demandait jamais rien et il ne se laissait marcher sur les pieds par personne !”. L'anecdote veut qu'au milieu des années 60, alors qu’il s’apprête à se rendre chez le prince Moulay Abdellah, l’omnipotent général Moulay Hafid lui lança : “Comment vas-tu Al hmar ?”. Réponse de l'officier, accompagnée du garde-à-vous réglementaire : “Lahmar, c’est votre père, mon général !”. L'écart de conduite lui vaudra la colère de Hassan II et une mutation temporaire au poste de Zouj Bghal, à la frontière algérienne. L'épisode n'entamera cependant pas sa position au sein du club des FAR, dont il devient l'un des dirigeants au milieu des années 60. “Cet homme était en avance sur son temps. Il parlait déjà de professionnalisme et de gestion sportive”, se souvient ce président de club. Son ascension se poursuit et dès 1971, il est nommé secrétaire général de la FRMF puis, un an plus tard, directeur technique national et sélectionneur des Lions de l’Atlas. Le nouveau patron du football marocain étale alors tout son savoir-faire, imposant, avec un style teinté de son expérience, une discipline et une rigueur quasi militaires. “L'équipe nationale était dirigée comme un commando”, raconte aujourd’hui Mehdi Mellouk, ancien international du TAS. Les joueurs sont effectivement tenus de respecter les horaires, suivre les consignes à la lettre… et être toujours tirés à quatre épingles. Souvenir de Mustapha Badri, directeur d’Al Mountakhab : “Alors que l’équipe nationale devait se rendre à un dîner à l’ambassade du Maroc à Tunis, Belmejdoub a remarqué que Petchou ne portait pas de cravate. Il a alors envoyé un de ses hommes lui en acheter une paire. À la fin du séjour, le joueur a reçu sa prime, de laquelle était déduit le prix des deux cravates”.

Mais les sanctions du lieutenant-colonel pouvaient être plus radicales. Ainsi, à la veille du départ pour la CAN 1976, l'un des joueurs clés de la sélection s’était désisté, préférant rester… aux côtés de sa nouvelle fiancée. Belmejdoub règle le problème avec une simple convocation pour le service militaire. Celui-ci aurait en outre rayé de la liste des “appelés” des joueurs rencontrés par hasard dans une discothèque. Des méthodes qui ont fait la réputation de l'officier, même hors des terrains (et des casernes) : le prince Moulay Abdellah lui confiait de temps à autre son fils, Moulay Hicham, pour des séjours "disciplinaires".
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MessageSujet: Re: Le Colonel des pelouses   Sam 26 Avr 2008 - 10:22

Raid sur Addis-Abeba
Les coups d'éclat de Mehdi Belmejdoub ne se limitaient pas à ses joueurs et collaborateurs. En 1971, aux Jeux méditerranéens d’Izmir, en Turquie, les Lions de l’Atlas sont malmenés par l’arbitre de la rencontre. “Tout à coup, il est rentré sur le terrain en annonçant que le Maroc se retirait de la compétition”, rapporte Najib Salmi. Rebelote un an plus tard, lors de la CAN camerounaise. Le Maroc, qui vient d’aligner trois matchs nuls, doit passer par l’épreuve du tirage au sort pour passer au deuxième tour. “Les organisateurs avaient fixé la date et le lieu du tirage au sort, mais une fois sur place, nous avions découvert que tout était déjà terminé”, ajoute le journaliste sportif. Belmejdoub, “hors de lui, s'est mis à insulter les organisateurs avant de leur signifier que le Maroc boycotterait désormais la compétition africaine”. C'est ainsi que le Maroc boudera la CAN 1974. Son austérité et sa sévérité n'empêchaient pas pour autant ses joueurs de l'aduler autant qu'ils le craignaient. “Il nous a appris la rigueur sur le plan sportif et personnel. Et pour cela, nous lui serons toujours reconnaissants”, souligne Mehdi Mellouk. Mais Belmejdoub savait, à l'occasion, ranger l'uniforme du militaire pour sortir celui de l'homme. Ainsi, en 1976, le soir de la victoire en finale de la CAN, il s'était enfermé dans sa chambre pour laisser tout le loisir à ses poulains de fêter leur titre. Il a en outre donné ses directives pour faire remettre à chacun d’eux une enveloppe contenant 500 dirhams (somme rondelette à l'époque)… et une boîte de préservatifs. Aujourd'hui encore, c'est à Mehdi Belmejdoub que beaucoup attribuent l'épopée éthiopienne des Lions de l'Atlas. “C’est d'abord grâce à lui que nous avons remporté cette coupe, appuie Mehdi Mellouk. Nous, joueurs, on ne pensait qu’à une chose : en finir au plus vite et rentrer au pays. Mais il nous en a dissuadés, car il croyait en la victoire”. Une victoire qu'il dessine avec une stratégie particulière, constituant, en bon militaire, une véritable “sélection-commando”. “Il n’a choisi que des joueurs costauds, pas forcément les plus talentueux, raconte un de ses anciens collaborateurs. Pour lui, le seul moyen de vaincre les équipes africaines était de les défier sur le plan physique, et non technique”. Quelques noms en firent les frais, comme le Rajaoui Ptit Omar. “Il était l'un des joueurs les plus brillants. La presse, les dirigeants et le public le réclamaient dans le onze national. Mais Belmejdoub, qui le jugeait trop fluet, n'a pas cédé”.

Le titre continental de 1976 vaudra à Mehdi Belmejdoub une gloire certaine, mais aussi davantage d’inimitiés. “Nombreux sont ceux qui ne l’aimaient pas. Le voir porté en triomphe les faisait rager”, explique cet officier à la retraite. Belmejdoub devient du coup l’homme à abattre, et tout est fait pour lui compliquer la tâche. Et son travail ne tardera pas à s'en ressentir : champion d’Afrique en titre, le Maroc passe à côté de sa CAN 78 et rate sa qualification pour le Mondial argentin. Mais le coup de grâce survient le 9 décembre 1979. Ce jour-là, à Casablanca, la sélection algérienne inflige un humiliant 5-1 aux Marocains. Le pays entier est sous le choc et, pour ses détracteurs, l’occasion est belle d’en finir avec Mehdi Belmejdoub. Assumant ses responsabilités, ce dernier démissionne de la présidence de la FRMF, poste auquel il fut élu quelques mois plus tôt devant Abdellatif Semlali. “On lui avait tout mis sur le dos, chose qu'il n'a jamais digérée, se rappelle son ex-épouse. Mais cette défaite n’était qu’un prétexte. En réalité, beaucoup de militaires et de dirigeants sportifs voulaient sa peau. Et comme par hasard, il est resté bloqué au grade de lieutenant-colonel une quinzaine d’années durant. Un record !”. Depuis, Mehdi Belmejdoub s’est retiré de la vie publique pour se retrancher chez lui, refusant de recevoir quiconque. Surtout, il ne voulait plus entendre parler de l’armée : il s'opposa longuement à la volonté de sa fille Ghizlane (aujourd'hui lieutenant-colonel) de suivre une carrière militaire.

Sa dernière sortie publique date de 2001, quand le quotidien Al Mountakhab réussit à l'arracher à son isolement, en l’invitant au 25ème anniversaire du sacre d’Addis-Abeba. “On a eu du mal à le convaincre, explique Najib Salmi. Mais il a fini par dire oui, posant une seule condition : qu’il n’y ait aucun représentant de l’autorité dans la salle”. Du pur Belmejdoub !


source:
telquel

http://www.telquel-online.com/320/maroc5_320.shtml
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