Le Centenaire du débarquement franco-espagnol à Casablanca en 1907
Le déroulement des combats à l’intérieur de la ville. Des accrochages sont signalés aux alentours du consulat d’Espagne, du Jardin des Français et du Consulat d’Angleterre.
De nombreuses victimes sont à déplorer dans les rangs des Chaouia. Le général Drude, commandant en chef, reçoit du renfort pour pouvoir mener à bien sa mission : deux bataillons de tirailleurs algériens, formés dans l’Oranais sous le contrôle du général Lyautey, commandant la région d’Ain Sefra. Un bataillon de la légion étrangère, soit 2400 fantassins. Un peu d’artillerie et 300 cavaliers fournis par un escadron de chasseurs d’Afrique de Blida et un demi-escadron de spahis d’Aumale.
C’est grâce aux troupes, qui sont déjà au nombre de 5.000 soldats, ainsi que des bâtiments de guerre, commandés par l’Amiral Philibert, que les troupes françaises et espagnoles sont parvenues à repousser les résistants, qui quittèrent la ville entre les 7 et 8 Août. La capacité d’adaptation des Chaouia aux techniques de la guérilla impressionna leurs adversaires.
Les premiers combats en dehors des murs de la ville. Le camp français subit la première attaque le 8 août à l’aube, connue sous le nom de combat du Fondouk du Barbier. Un millier de cavaliers quitta les hauteurs pour venir au devant des soldats chargés de défendre la ville. Sans coup férir, les Chaouia engagèrent le combat. Les forces d’occupation, surprises par la violence de l’attaque, ripostèrent à partir de leur tranchée par un feu nourri, qui n’entama en rien la détermination des assaillants.
L’intervention de la Marine, commandée par l’Amiral Philibert qui pilonna les lignes Chaouia, obligea ces derniers à se retirer. Les bâtiments de l’Amiral Philibert mouillaient en face de Sidi Belyout et des Roches Noires. C’est à partir de ces points qu’ils pilonnaient les résistants. Les obus atteignaient (comme nous aurons l’occasion de l’évoquer) la Piste de Taddert (Taheddaret), le quartier Californie et Sidi Moumen.
D’après l’officier Second, les groupes des assaillants "ont fait preuve d’un acharnement inouï, bravant la mort…". Dans une déclaration au journal l’Echo de Paris, le premier ministre français Clemenceau, à reconnu que "les troupes ont été surprises par le courage et le savoir faire des Marocains...".
Le combat de la villa Fernau du 10 Août 1907, dirigé par les Ouled Bouziri qui attaquent les camps et assaillent de tous coté ses défenseurs.
Du coté français on signale cinq morts et dix blessés. Cette opération à été suivie des terrasses par des femmes qui ne s’empêchèrent pas, au risque de leur vie, de lancer de stridents you-you à l’adresse des combattants Marocains. Le lendemain, toutes les terrasses des maisons d’habitation en bordure du mur ont été interdites d’accès.
Traditionnellement, les femmes participent aux combats à leur manière, elles suivent à pied les combattants en jouant des tambourins ; l’accompagnement vocal distribue des satisfecits à l’adresse des combattants courageux qui font preuve de témérité en face de l’ennemi. Ceux qui rebroussent chemin, son barbouillés de henné. Au terme d’une bataille, les femmes se réunissent le soir autour d’un feu pour célébrer l’évènement. En général, ce sont les Chioukhs, qui assurent à travers le chant et la musique d’El Ayta, la diffusion de l’information auprès des autres tribus.
Le 18 août 1907, c’est au tour du combat dit des Carrières. A l’aube, les Marocains attaquent de nouveaux les camps. Ils sont violemment repoussés. Le Général Drude attend le lever du soleil pour lancer ses cavaliers (escadron) vers le campement des assaillants. Les français accrochés on faillit périr, si ce n’est le renfort des troupes et de l’artillerie qui ont été envoyés à la rescousse.
Du côté français, on dénombra trois morts dont le chef d’escadron et douze blessés. Un témoin de ces événements écrit à propos de l’affaire des Crêtes du 21 Août 1907 : "Dans le combat d’hier, les Français ont eu deux tirailleurs tués et un lieutenant algérien a été grièvement blessé. Une vingtaine d’hommes ont été mis hors de combat. J’ai vu le cheval d’un officier d’ordonnance du général Drude tomber, frappé d’une balle au cou et l’officier avoir le genou brisé par un coup de feu.
On a arrêté dans la soirée un indigène qui avait pénétré dans le camp des goumiers et tentait de leur prêcher la guerre sainte". Effectivement, les Chaouia, ont tenté à maintes reprises d'inciter les soldats algériens à rejoindre leurs rangs. De nombreux soldats musulmans rallièrent les rangs de la Mehalla de Moulay Hafid. Ce type d’information n’est pas fait pour connaître une large diffusion auprès de l’opinion publique et encore moins auprès des soldats algériens.
Les anciens Casablancais se rappellent du délicat problème qui s’est posé lors de l’inhumation des corps de soldats musulmans, servant dans les rangs de l’armée française : il fallait trouver un lieu propice pour éviter de fâcheux incidents. Finalement, c’est à l’extrémité du cimetière de Sidi Bou Lefaà que les Français aménagèrent pour leurs soldats un espace.
Dans le registre des désertions et compte tenu de l’importance historique de cet aspect des évènements ayant marqués notre ville, nous rappelons l’affaire des légionnaires d’origine allemande venus se réfugier auprès de leur consulat de la Place de Belgique. Cette affaire avait fait grand bruit, puisqu’il à fallu recourir à l’arbitrage de la Cour Internationale de la Haye. Le 25 Septembre 1908, des incidents eurent lieux à Casablanca à la suite de la désertion des légionnaires allemands, organisée par la communauté allemande et l’appui discret du consulat de Casablanca : une bagarre eut lieu entre un agent de la légation et des marins français. L’affaire fut soumise à l’arbitrage du tribunal de la Haye. Un journal allemand écrit après les incidents de Casablanca. "C’est une épreuve de force… notre honneur est très fortement engagé et il est grand temps que cette bande insolente sente de nouveau ce que peut faire le grenadier poméranien".
Les Français, ne pouvaient pas laisser passer l’occasion de mettre un terme aux désertions des soldats de la légion étrangère, dont l’impact sur le moral des troupes a été ressenti. Appelée l’Affaire de Casablanca, elle fut soumise au tribunal arbitral, présidé par H.J.L. Hammarskjöld, réuni à La Haye, qui a rendu sa sentence le 22 mai 1909 : "Il s’agit d’une tentative de faire embarquer des déserteurs allemands de la légion étrangère française, à bord d’un bateau allemand en rade à Casablanca. Ce sont Walter Beus, Heinrich Heinmann et Julius Meyer. Le chancelier du consulat impérial à Casablanca M. Just et le soldat marocain (de la chancellerie) Abdelkrim ben Mansour, ont été obligés de se défendre contre les voies de fait dont ils ont été l’objet de la part des soldats français qui ont procédé à l’arrestation des déserteurs".
Le tribunal à finalement renvoyé dos à dos les belligérants, la sentence très avantageuse pour la France et très honorable pour l’Allemagne donna lieu à un accord signé à Berlin le 10 novembre 1908, par le baron de Berckheim, chargé d’affaires de France à Berlin et M. de Schoen, ministre des Affaires étrangères. Le 10 juin, à Casablanca, le conseil de guerre a condamné les déserteurs à des peines d’emprisonnement, avec dégradation militaire.
Resistants casablancais mort au combat ALLAH IRHAMHOUM